Cette page de "tribune libre" contient, dans l'ordre inverse des réceptions, (les derniers sont les premiers) et sans censure, les textes envoyés par nos amis et lecteurs. la liste alphabétique est à la page d'accueil.

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Les nouvelles technologies au service de la ville.

Mini compte rendu du colloque sur les hautes technologies au service de la ville, organisé par les Ateliers de Mai, Démocraties et le groupe Paris-Futur, le 2 décembre 2000.

Ce texte, établi d'après mes note manuscrites, est forcément très superficiel. Les actes officiels, en cours de rédaction seront envoyés à toutes les personnes qui en ont déjà fait la demande, ou qui les demanderons au secrétariat de Démocraties par courrier ou e-mail (le téléphone est moins fiable !)

première table ronde : rôle et besoins des entreprises de haute technologies :

Edvige Avice, présidente, salue les nombreux participants (près de deux cents) qui ont fait l'effort de venir s'informer et débattre...

Eric Lanzi, de Géo Concept montre tout l'intérêt des cartes géographiques numérisées, sur lesquelles on peut porter une énorme masse d'informations générales ou spécifiques, toujours lisibles et combinables entre elles : distances, reliefs, adresses, .. le tout "zoomable" a volonté.

Alain Boissier, de Némoptic, insiste sur les enrichissements résultant de tous les échanges intellectuels et économiques entre les acteurs.

Hervé Arditi, de Photonectics et du comité Richelieu, situe clairement les besoins souvent contradictoires des "PME high-tec". Par exemple, les besoins en locaux sont extrêmeent évolutifs, les impératifs de l'entreprise ne sont pas ceux qui procurent une qualité de vie idéale à leur personnel, d'où une mobilité, voire un "nomadisme" préjudiciables.

Jean-Paul Cottet, de France Télécom, insiste sur la diversité des services, par exemple les débits d'information, de 100 kilobits à 100 Mégabits, dont les entreprises peuvent avoir besoin. (la discussion montrera que les clients sont assez satisfaits des prouesses techniques mais pas des tarifs, qu'ils jugent trop élevés par rapport aux standards étrangers)

Jean-Paul guillot, d'un cabinet d'engenierie, montre les complémentarités et les contradictions des besoins des entrepreneurs et des collectivités territoriales. Toute solution doit passer par des compromis et rechercher les meilleures synergies du moment ou du proche avenir.

Le "grand témoin", le sénateur Pierre Laffitte, détaille l'histoire et le fonctionnement du site de Sofia-Antipolis, près de Nice. Après trente ans d'existance sans subvention publique, ce site réunit 1200 entreprises et 40 000 emplois. Il décrit les principaux facteurs de son succès et les évolutions en cours, ainsi que les problèmes à résoudre tant dans le quotidien qu'en prévision des évolutions à venir. (NDLR : On pourrait paraphraser ici une formule célèbre : "la continuité du succès est due à 10 % d'inspiration et 90 % de transpiration")

deuxième table ronde : Les hautes technologies au service des transports, présidée par Jacques Roger-Machart, de Paris-Futur, ancien d'EDF et fondateur d'une "Start-up", qui pose le problème : optimiser le transport des personnes et des marchandises, au milieu des innombrables contraintes !

Patrice Leroy, d' EDF, fait l'apologie du "tram-train", qui a grandement amélioré la communication dans de nombreuses communautés européennes et Françaises (Strasbourg, Mulhouse, Orléans ..)

Le transport des marchandises est moins bien résolu que celui des personnes, mais des projets de "centres d'éclatement" pourraient voir bientôt le jour, si les pouvoirs publics donnent les "coups de pouce" nécesaires. (la discussion montrera que la pierre d'achoppement est largement le facteur "prix de revient", et sa conséquence logique : "qui doit payer ?", subventions publiques ou utilisateurs ?

Guy Bourgeois, de la RATP, fait une présentation optimiste des innovations en cours dans son entreprise : le "passe sans contact" servant aussi bien de carte orange que de porte monnaie universel, le trottoir roulant rapide, le métro sans conducteur, le bus multiénergies, la "puce" de sécurité, les bornes internet, les ascenseurs inclinés, etc.. (la discussion montrera que cet optimisme n'est pas universellement partagé et qu'il faudra embaucher pas mal de psychologues pour convaincre les foules !)

Troisième table ronde, présidée par Jacques Soppelsa, président honoraire de Paris 1, qui présentera chaque transition avec beaucoup d'humour.

Hélène Faure, du ministère de la santé, décrit tous les "télé" de la médecine actuelle et future : téléconsultation, téléexpertixe, télésurveillance, téléformation, téléinformation, ...

Chantal de Singly, directrice d'un grand hopital parisien, montre de multiples possibilité d'une intégration des facteurs technologiques et humains. Elle pense que les nouveaux moyens d'information faciliteront grandement le dialogue entre les malades, les familles et l'ensemble de soignants, chacun ayant une meilleure conaissance des éléments des dossiers.

Catherine Montenay, psychiatre, insiste sur l'importance du facteur temps pour la connaissance, l'apprntissage, le dialogue. Chaque avancée est conditionnée par un temps de latence, une maturation. l'esprit d'escalier est une composante inévitable de tout échange, imposant de revenir sur ce qui a été considéré comme dit et compris. Elle insiste aussi sur le danger considérable de "geler" une information en l'intégrant dans un dossier sans précaution. Pour elle les besoins humains vont bien au delà de la technique. Par exemple le besoin de transgresser est absolument vital, sinon on risque de se retrouver dans une situation de goulag moral. ..

Clara Denon, parle de son expérience aux ministères de l'Education et de la Recherche. de l'évolution profonde du rôle de l'enseignement qui ne sait pas tout, et qui devient un amimateur, aidant chacun à trier les informations pertinantes dans la masse des informations disponibles, orales, écrites ou autres : livres, journaux, famille, télé, Toile, ... sans oublier le nécessaire esprit critique devant les "pub" et autres obstacles à l'objectivité.

La discussion qui a suivi a évidemment montré que la France de l'information, comme celle de l'économie est "à plusieurs vitesses". Il y a aujourd'hui ceux qui ont Internet et ceux qui ne l'ont pas ... Le représentant de France-Télécom a affirmé que d'ici un an toutes les écoles auront leur branchement.

Dans le rôle du "grand témoin", Bertrand Delanoë a dit tout son intérêt et sa sympathie pour le bouillonnement intellectuel actuel, dont ce colloque est l'un des éléments. "Ensemble, nous devons être capables de soulever la montagne" d'une nouvelle donne culturelle au service de tous à Paris.

Christian Sautter, qui lui succède à la tribune, rappelle que Paris a perdu 350 000 emplois depuis 20 ans. L'intelligence collective et les nouvelles technologies doivent contribuer à renverser durablement cette tendance. Parmi les conditions, il voit : une baisse des tarifs, une multiplication des points d'accès publics, la mise en place de structures d'accompagnement pour tous ceux dont le métier est en pleine évolution.

Quatrième table ronde, animée par Sylviane Toporkoff, avec Jérôme Cartrain, journaliste, Jean Pierre Cabanel, professeur et Eric Chevallier, conseiller régional, et une conclusion d'Henr Paris. J'ai dû malheureusement partir avant la fin. On y a cherché comment donner un "supplément d'âme" à la communication dans la ville. Comme vous, je lirai attentivement les actes quand Ariane Paris nous informera de leur parution.

 

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Une Europe pour la jeunesse, lettre de mai, avril 1999, par Edwige Avice

Dans notre imaginaire collectif, l'Europe est d'abord une mémoire. Pourquoi a-t-on voulu lui donner une vie institutionnelle? Sinon pour éviter le retour à des guerres meurtrières qui ont souvent été le mode de relation privilégiée entre voisins. L'Europe n'est pas non plus dans l'esprit de tous, un modèle. D'abord parce qu'elle a porté le fascisme et les totalitarismes, mais aussi parce qu'aujourd'hui elle se montre impuissante à résoudre, d'une manière commune et efficace, des questions qui donnent d'elle une image passéiste, douloureuse et négative. Qu'il s'agisse du Kosovo ou de la question de l'immigration, nous sommes placés, nous, Européens, devant nos peurs, nos limites, nos lâchetés, nos points de vue trop nationaux, nos incohérences.

Dire aujourd'hui que l'Europe va de soi, c'est un peu faire de la prose comme Monsieur Jourdain. Il faudrait être aveugle pour ne pas se rendre compte que même les familles politiques les plus proches des différents pays n'envisagent pas de la même façon la politique économique, les alliances industrielles, l'action sociale, les relations avec les États-Unis et avec les pays du Sud. Le débat sur la politique agricole commune en a constitué un exemple complémentaire. Mais nous ne devons pas en rester là.

Ce qui fausse le débat sur la construction européenne, c'est que la plupart du temps chaque pays et chaque parti bâtit sa liste électorale en fonction de préoccupations nationales et de considérations tactiques. L'élection européenne est rarement vécue comme une priorité et le Parlement lui-même cherche aujourd'hui à mieux définir son rôle dans un système où les institutions se télescopent et se concurrencent plus qu'elles ne fonctionnent en coordination. Dans les débats actuels autour de la Commission, il faut voir aussi le mouvement en révolte d'un Parlement qui se sent dessaisi ou plutôt non saisi du pouvoir qu'il devrait exercer. Cette affaire peut aussi faire le jeu de gouvernements qui n'ont pas toujours envie d'un pouvoir européen, rival d'un pouvoir national.

Or, pour la jeunesse, l'horizon est européen. Pour les industriels, l'horizon est aussi européen, puis mondial. Dans les relations internationales, la force d'un pays européen tient aussi au fait que les budgets de coopération principaux sont en Europe, et que dans beaucoup de régions du monde, c'est l'Europe qui est la perspective recherchée plutôt que tel ou tel pays la composant. Prenons simplement l'opinion de la jeunesse. Il est à peu près certain qu'elle se réjouit qu'il y ait au moins une liste transnationale. De ce point de vue, Dominique Voynet a créé un précédent résolument européen. La jeunesse voit aussi, au moment du débat sur la parité, l'occasion de montrer que l'Europe pourrait se construire d'une manière différente autour d'exemples progressistes puisés chez certains des États membres. Il n'y a qu'en France, en effet, où l'on voit une pareille inégalité, un pareil cumul des mandats et un pareil manque de rotation dans les tâches politiques. Dans d'autres domaines aussi, comme le traitement de l'immigration et la régularisation de certaines de ses conséquences, on a vu un pays comme l'Italie prendre des dispositions rapides et ouvertes. Sans faire preuve de démagogie, car le sujet est délicat, ne pourrait-on cependant s'inspirer de cette attitude afin d'éviter des drames humains pour des hommes et des femmes qui ont beaucoup cru dans notre pays.

Dans de nombreux domaines, des forces vives vont construire l'Europe sous nos yeux et sans attendre les décisions politiques. Il est pourtant des domaines où les décisions politiques sont indispensables, en particulier pour créer des emplois, régler des conflits à nos portes, développer un humanisme nécessaire dans les sociétés d'aujourd'hui, offrir un nouveau modèle de démocratie et de coopération avec le reste du monde.

C'est sans doute la dernière élection européenne de cette nature qui se déroule. Elle coïncide avec la fin du siècle. Nous espérons que les débats qui vont avoir lieu vont engager résolument, et sur le fond, la démarche européenne qui servira les nouvelles générations. Il faudra désormais penser autrement, communiquer autrement et faire de la politique autrement. Dans cette démarche, les ateliers de mai veulent apporter leur contribution désintéressée à travers une réflexion libre, mais qui sait aussi comprendre les efforts que fait l'actuel gouvernement pour donner à l'Europe un nouveau souffle intellectuel et social.

Edwige Avice.

Dixon , rehabilitations ,

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"réhabilitation", texte transmis par Maurice Goldring

Regards 15 rue Montmartre 75001 Paris.

Chers amis,

Vous me demandez ma réaction à la décision du Comité national du PCF de déclarer "nulles et non avenues" les exclusions passées. Permettez-moi de dire d'abord que le PCF n'a jamais été au pouvoir et qu'il n'a donc jamais été en état d'emprisonner ou de fusiller. Les dégâts personnels sont restés mineurs et grâce à cet accident de l'histoire, les victimes de ces exclusions peuvent accéder à votre invitation.

Ces exclusions avaient leur logique, et que c'est cette logique qu'il faut étudier plutôt que ses effets. Parmi les catholiques qui refusaient l'autorité du pape et une conception hiérachisée et dogmatique de leur église, qui ne voulaient pas croire à la présence physique du Christ pendant la messe, certains souhaitaient conserver le qualificatif de catholiques. Ils ont été exclus à juste titre, sont devenus protestants. Parmi les communistes qui ont refusé l'autorité du centre, la fidélité à l'URSS, une conception hiérarchisée et dogmatique de leur parti, qui ne voulaient pas croire à la présence physique du prolétariat pendant les congrès, certains souhaitaient continuer à porter le nom de communistes. Ils ont été exclus à juste titre parce que être communiste, c'était être fidèle à l'URSS et assurer la pérennité des dogmes décidés par le centre.

Aujourd'hui, l'URSS a disparu, le centre est partout et la circonférence nulle part. Les dogmes ont été remplacés par une ligne floue qui "place l'homme au centre de tout", formule que pourrait utiliser un responsable des restaurants du coeur ou l'entraîneur d'une équipe de foot. Le problème n'est donc aucunement celui des exclusions individuelles et collectives. Quand j'ai été exclu en 1981, j'ai eu la conscience aiguë, face à des communistes qui refusaient au nom de la discipline de voir le réel et d'entendre les arguments, que tous ces communistes s'excluaient pour longtemps de la société. C'est ce qui est arrivé et le problème urgent du PCF est d'abord celui-là : comment rendre l'auto-exclusion du communisme nulle et non avenue? Vous êtes en train d'apprendre tout doucement à vous détacher du passé et la logique de l'union avec la social-démocratie s'impose peu à peu. Vous êtes parfois tentés par un langage dogmatique, mais à ce jeu, Krivine et Laguiller feront toujours mieux que vous, et votre présence au gouvernement est un bon garde-fou. Donc, encore un effort, Nous pouvons nous amuser à feuilleter ensemble des photos de famille jaunies, mais il est beaucoup plus urgent de mener campagne contre la droite, contre le front national en soutenant beaucoup plus activement la politique et les projets du gouvernement de gauche auquel vous participez.

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"Dixon", texte transmis par Maurice Goldring le 3/3/99

Lettre à Keith Dixon, auteur de Les évangélistes du marché, Paris, Raisons d'agir, septembre 1998.

Merci d'avoir écrit cette belle défense de la social-démocratie. Car si j'ai bien compris la thèse de ton livre, les différents "think-tanks" à l'origine de la "pensée unique" qui domine aujourd'hui ont été créés explicitement d'abord pour lutter contre la pensée keynésienne, les idéologies de l'État-providence, beaucoup plus que contre le "collectivisme marxiste". L'idée de Von Hayek notamment étant que toute politique interventionniste de l'État dans le domaine social et économique est le début du totalitarisme (fasciste ou communiste) et doit donc être combattue vigoureusement

A l'époque où ces différents groupes se sont créés, le pôle de radicalité était représenté surtout par les partis communistes et ils combattaient vigoureusement, non pas principalement la pensée libérale de droite, mais surtout la social-démocratie considérée comme la plus dangereuse. Il eût été intéressant, avant les années soixante-dix, de montrer la théorie de droite en train de se constituer et qui elle aussi considérait la social-démocratie comme l'ennemi principal.

Tu évites une vision comploteuse de l'histoire et tu montres bien que ces différents réseaux de pensée se sont constitués dans une histoire sociale ou peu à peu les mouvements structurés par l'histoire du travaillisme en Grande-Bretagne se sont affaiblis sur le terrain des luttes sociales. Peut-être aurais-tu pu montrer que cette défaite n'était pas seulement dûe à la ruse et à la supériorité de l'adversaire, mais aussi à des faiblesses internes. Le syndicalisme anglais, y compris le plus "radical", comme au cours de la grève des mineurs, ne peut pas être lavé de toute responsabilité dans sa défaite et dans la défaite et la démoralisation des mineurs, Arthur Scargill me semble au moins aussi responsable que Margaret Thatcher. Mais il s'agissait alors sans doute d'un autre livre...

Il reste l'essentiel, c'est à dire la prédominance des "évangélistes du marché". Pendant longtemps, ils ont été isolés et regardaient avec fascination le succès des idées de gauche, réformistes et révolutionnaires. Dans la littérature de l'époque, notamment anticommuniste, la manière de lutter contre ces influences était de décrire leur haut degré d'organisation, de dénoncer leur place à l'université et dans les médias, de dénoncer leurs multiples infiltrations dans ls syndicats, les écoles, les réseaux d'influence. Ces dénonciations n'étaient pas toutes fausses, mais elles révélaient un certain degré de fascination et de résignation à leur faiblesse. Comment peut-on lutter contre une domination en montrant de manière répétitive à quelle point elle est bien dominante?

Après les années soixante-dix, en s'engouffrant dans le vide béant laissé par l'écroulement du communisme et par la crise de l'État-providence, le thatchérisme ne s'est plus contenté de "dénoncer" mais il a construit une vision du monde qui a mené le thatchérisme et ses idées à la victoire politique.

Aujourd'hui, c'est à notre tour de "dénoncer" inlassablement la domination de la pensée unique, de décrire les réseaux, de montrer que la domination domine, et donc de prouver que les idées de gauche sont écrasées et minoritaires.

Il me semblerait préférable de construire nous aussi une vision du monde qui n'est nécessairement plus ni la social-démocratie, ni le léninisme. Rechercher une théorie à une pratique. Dénoncer, comme le fait "Raisons d'agir" l'ennemi, ne suffit pas. Affirmer que Blair et Jospin sont soumis au même carcan de la pensée unique mène à une impasse. Ils font autre chose, ils tentent autre chose. La politique de Jospin notamment n'est pas une politique de droite. Essayons de construire une théorie de ce gouvernement-là, (le marché, plus une société de solidarité), plutôt que de le dénoncer avec les libéraux de droite dans un même souffle.

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